Vernissage – Heavenly – Les hauteurs rêvent-ils de nuages ?
14 avr. 2026
06 mai 2026
Issu d’une double filiation franco-portugaise, Laurent Antunes, médecin pathologiste et artiste plasticien, interroge l’identité comme un espace instable, traversé par la honte, le déplacement et le dédoublement. Son travail explore ce moment où l’origine cesse d’être une évidence pour devenir une hypothèse. Son travail propose une manière nouvelle et non normative de se réinventer par l’art pour réparer l’âme, après soigné le corps.
Le vernissage de son exposition sera accompagné d’un buffet. Inscription ici (jusqu’au 3 mai).
DESCRIPTIF
Il arrive parfois que la naissance, que l’on imagine comme un fait simple, presque anecdotique, se révèle avec le temps être un événement lent, différé, dont les conséquences ne cessent de se manifester bien après l’enfance. Laurent Antunes est né dans la France rurale des années soixante, d’un mariage franco-portugais, et longtemps cette donnée biographique aurait pu demeurer secondaire, presque muette. Elle ne le fut pas. Elle devint, au contraire, une question insistante, une ligne de fracture intime, et finalement le socle même de son travail artistique.
Dans un monde idéal – mais il est rare que nous vivions dans un monde idéal – la mixité pourrait être ressentie comme un privilège, le don simultané de deux héritages également légitimes, la possibilité d’être A et B à la fois sans avoir à choisir. Or le réel, que l’on sous-estime toujours, fonctionne autrement. Il impose souvent de neutraliser A pour devenir B, ou bien rend impossible l’un comme l’autre, laissant subsister ce que l’on appelle alors une impureté originelle. Se penser impur engendre la honte ; vouloir refouler cette honte conduit à une autre honte encore, celle d’avoir honte. Et l’on comprend vite que ce mécanisme ne connaît pas de fin.
C’est en reconnaissant cette mécanique – que partagent bien d’autres transfuges, qu’ils soient de classe, de genre ou de territoire – et en la confrontant aux lectures de Chantal Jaquet, Annie Ernaux ou Didier Eribon, mais aussi à l’usage inattendu de tests ADN généalogiques, que l’artiste, médecin de formation, a peu à peu élaboré une méthodologie de travail singulière, située à la frontière du savoir scientifique et de l’imaginaire.
La science, en effet, ne ment pas et ne juge pas. Elle se contente d’énoncer, avec une neutralité presque désarmante, l’histoire infiniment simple et infiniment complexe du réel. Le génome humain raconte des récits de rencontres, de déplacements, de métissages ; il révèle une diversité d’autant plus réjouissante qu’elle est vaste, bien loin des identités figées et amnésiques auxquelles les citoyens sont souvent assignés par leur seule nationalité. Il serait vain d’attendre de ces tests une vérité médicale ou prédictive : leur enjeu est ailleurs, dans un registre symbolique, presque libérateur.
Être français, et se découvrir majoritairement portugais dans sa propre chair, tout en portant en soi un patchwork de gènes ayant voyagé de l’Europe du Nord vers l’Afrique, oblige à reconsidérer l’héritage, à le questionner, et ouvre la possibilité – peut-être vertigineuse – d’inventer une autre figure de soi. À cet endroit précis, la subjectivité de l’artiste prend le relais du réel. Par l’imagination, il se réapproprie symboliquement une identité affranchie de la honte, célèbre autrement ses ancêtres et leur culture, et se pose cette question, à la fois simple et abyssale : qui suis-je si je m’autorise à devenir cet autre qui existe déjà en moi ?
De cette interrogation naît une forme de pluralité intérieure, une mosaïque mouvante, qui permet d’instaurer un dialogue fictif avec les aïeux – non pour les figer dans une mémoire révérencieuse, mais pour leur demander leurs savoirs, leurs lumières, leurs peurs aussi, leurs doutes et leurs zones d’ombre.
C’est ainsi qu’apparaît Mr Lulusan, alter ego queer et volontairement clownesque du sérieux Dr Laurent Antunes. Là où le médecin observe, analyse et se contient, Mr Lulusan s’autorise. Il assume sans gêne un héritage protéiforme, se réapproprie librement des savoir-faire appris au Portugal, des traditions désuètes, des souvenirs fragmentaires, des connaissances hétérogènes, sans souci de bienséance – mais jamais sans esprit.
Libéré des injonctions pesant sur le transclasse français – labeur, discrétion, gravité, silence, crainte – Mr Lulusan investit un espace de création inédit, un entre-deux instable, indifférent au jugement comme à la nécessité. Science ou art ? France ou Portugal ? dominé ou dominant ? beau ou laid ? analytique ou émotionnel ? jeune ou vieux ? Il préfère les circulations horizontales aux hiérarchies verticales. Pourtant, il n’est pas dupe : au moment du démaquillage, dans l’intimité de la loge, le Dr Antunes réapparaît.
Ce travail propose ainsi une autre manière d’être à la fois français et portugais, hors des stéréotypes et des usages convenus, en convoquant autrement la mémoire, les souvenirs et les savoirs.
Se réinventer par l’art pour réparer l’âme, après avoir soigné le corps.
BIOGRAPHIE
Laurent Antunes est né le 16 septembre 1967 à Bar-le-Duc (France). Il est docteur en médecine, spécialiste en anatomie pathologique, et docteur en sciences. Il a été maître de conférences à l’Université de Nancy.
Parallèlement à son activité scientifique et universitaire, il est artiste plasticien autodidacte.
Il réside entre Paris, Lisbonne et la Lorraine.
En partenariat avec le Festival Parfums de Lisbonne, la Chaire Lindley Cintra de l’Université Paris Nanterre et le Lectorat de langue et culture portugaise de l’Université Paris 8 de Camões – Instituto da Cooperação e da Língua.
Mercredi 6 mai
20h
Gratuit
Entrée libre
Dans la limite des places disponibles
7P boulevard Jourdan
75014 Paris
RER B/T3a : Cité universitaire