Ab ora maris ad oram | Cent ans de rencontres étudiantes
15 sept. 2026 - 04 nov. 2026
02 déc. 2026
La Maison du Portugal – André de Gouveia accueille, pour sa deuxième journée, le colloque Les visages de la dictature portugaise : penser l’autoritarisme cent ans après le coup d’État du 28 mai 1926, organisé par le CRILUS et la Chaire Lindley Cintra de l’Université Paris Nanterre.
Argumentaire
Le 28 mai 1926, trois généraux entament un coup d’État dans la ville de Braga avant de prendre très rapidement le contrôle des grandes villes puis les rênes du pouvoir. La République portugaise, implantée en 1910 mais fragilisée par l’instabilité politique et économique à la suite du conflit mondial, se transforme alors en une dictature militaire. Le Portugal accompagne ainsi un mouvement plus vaste, celui de la tentation autoritaire, à l’image de ce qui se produit dans d’autres pays d’Europe de l’Est (Hongrie, Pologne – à quelques jours d’écart avec le Portugal –) et du Sud (Espagne et Italie notamment). Si la dictature portugaise dure au point de détenir le sinistre record du plus long régime dictatorial européen du XXe siècle, c’est qu’elle parvient à se consolider par l’étouffement de toute résistance interne mais aussi à résister aux secousses internationales du temps en arborant le visage que les grandes puissances attendent d’elle (appui de l’Axe puis lutte contre le communisme). Alors que les signaux du temps présent font craindre son retour en Europe et dans d’autres continents, l’enjeu de cette manifestation scientifique est de se saisir de ce sombre centenaire pour réfléchir, à travers l’étude du cas portugais, à la question de la dictature. Il s’agira notamment d’analyser les processus d’institutionnalisation, de légitimation et d’adaptation des régimes autoritaires, ainsi que de penser leurs héritages et recompositions contemporaines. Ces passés qui ne passent décidément pas hantent notre présent, revenant avec de nouveaux visages qu’il convient d’interroger, en analysant les continuités, les réappropriations et les transformations qui les inscrivent dans le temps long.
Le premier axe de réflexion de ce colloque est celui de la dimension internationale de la dictature portugaise. Ainsi, les régimes dictatoriaux s’influencent, s’inspirent et s’entraident entre eux, pour mieux résister aux mouvements démocratiques. Ils peuvent aider à modeler le ou les visages de la dictature. À travers plusieurs études de cas, nous verrons comment la dictature portugaise devient une source d’inspiration pour d’autres (comme la dictature brésilienne ou bien le régime de Vichy), mais aussi comment elle puise dans les pratiques d’autres régimes autoritaires pour mieux contrôler sa population. Nous aurons une particulière attention au rôle joué par le Portugal dans la guerre civile espagnole qui a commencé il y a quatre-vingt-dix ans.
Le deuxième axe est celui des conséquences de l’autoritarisme dans la création artistique. Devant le dispositif de surveillance et de censure mis en place par l’État Nouveau, les artistes ont été force de proposition, conjuguant des formes artistiques en réaction culturelle et idéologique au régime dictatorial. Ouverte à toutes les productions culturelles, la manifestation scientifique consacrera un temps spécifique au théâtre. Ainsi, le mouvement néoréaliste portugais a produit, en particulier, une dramaturgie dont on ne commence qu’aujourd’hui à évaluer la portée : nous verrons comment, au-delà de la querelle de l’art pour l’art ou de l’art utile, les auteurs de théâtre ont traduit une réalité sociale en tension par une esthétique émanant de l’expressionnisme ou de l’existentialisme, en passant par le théâtre épique de Brecht.
Le troisième axe de réflexion est celui des conséquences de l’expérience autoritaire portugaise. Il sera question de s’intéresser aux traces visibles et invisibles laissées par la dictature aussi bien dans le Portugal démocratique que dans les anciens territoires colonisés par le Portugal. On se demandera notamment comment l’expérience dictatoriale résonne aussi bien dans la vie politique que dans la production culturelle et dans les attitudes des personnes qui ont vécu ou bien reçu en héritage le passé dictatorial portugais. La survivance de certains fantômes de la dictature et ses nouveaux visages seront en particulier mis en évidence par les intervenant·es afin de rappeler les présents de ce passé certes centenaire, mais toujours actuel.
Mercredi 2 décembre 2026
De 9h à 18h
Gratuit
Entrée libre
Dans la limite des places disponibles
7P boulevard Jourdan
75014 Paris
RER B/T3a : Cité universitaire